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Agriculture et Forêt

Bienvenu sur le blog de la commission agriculture et forêt de CAP 21!

dans cette rubrique vous trouverez:

. Les communiqués de CAP 21 sur les thèmes agricoles

. Des dossiers thématiques: OGM, agriculture biologique

. Des notes d'humeur

. Des contributions et les travaux des membres de la commission

N'hésitez pas à nous faire connaître vos réactions et vos suggestions.

Elles sont les bienvenues !

Bonne lecture!

Georges Fandos

responsable de la commission agriculture forêt

Samedi 22 septembre 2007
Atelier « Territoires urbains et territoires ruraux »
Forum Démocrate de Seignosse.
 
Contribution de Georges Fandos, responsable de la commission agriculture de CAP 21
 
HALTE AU DEMENAGEMENT DU TERRITOIRE !
 
Exode rural, et son corollaire qui est la concentration urbaine, caractérisent la dynamique des territoires suite à l’abandon des politiques volontaristes en matière d’aménagement équilibré de l’espace.
 
Ainsi, le nombre d’agriculteurs a diminué de 60 % entre 1980 et 2005 !
Cet exode massif s’explique entre autres, par la baisse des prix agricoles de l'indice 100 à 42 entre 1960 et 2005, alors que le prix des produits alimentaires à la consommation est passé de l'indice 100 à 107 pour la même période ! (source Ministère Agriculture)
 
En même temps, la dynamique d’urbanisation conduit au fait que rapidement la population française va se concentrer dans les principales mégapoles urbaines : « Entre 1936 et 1999, la population des villes françaises a doublé, passant de 22 à 44 millions d’habitants, alors que l’ensemble de la population n’augmentait que de 40 %. Désormais, les trois quarts des Français vivent dans les unités urbaines, qui occupent 18,4 % du territoire ». source Insee.
Une dynamique purement économique de concentration des activités autour des pôles urbains et de spécialisation de l’espace (les fameux « pôles de compétivité » dont on parle aujourd’hui) conduit à un véritable « déménagement du territoire ».
 
Les conséquences sont :
Pour l’espace rural : la désertification de grands pans de nos régions qui sont ensuite exposés par exemple aux incendies de forêt suite à l’abandon de la gestion forestière et du débroussaillage par les troupeaux.
 
Pour l’espace urbain : les contre productivités et problèmes de santé (liés aux embouteillages, à la pollution, au stress…) et le gaspillage des ressources pétrolières lié à un urbanisme organisé autour de la voiture et le transport routier.
 
Existe-t-il des solutions pour enrayer ces mécanismes pervers économiques, urbanistiques, et géographiques ?
 
 
Les politiques d’aménagement équilibré et écologique des territoires :
 
La reconquête des espaces suppose une politique d’aménagement du territoire qui s’articule autour de :
 
1/ Une politique agricole et rurale centrée sur le maintien d’un maximum d’exploitations et d’activités.
Ceci nécessite que les pouvoirs publics assurent la survie des agriculteurs et arrêtent la décapitalisation de ce secteur, en fixant par la voie réglementaire un principe anti-dumping : les prix net payés aux producteurs ne peuvent être inférieurs aux coûts de productions moyens qui correspondent aux coûts d'une exploitation moyenne et performante (les centres de gestion agricoles les calculent tous les ans).
La fixation des prix agricoles est une réglementation qui existe déjà au niveau communautaire pour quelques produits : elle permet par exemple de fixer le montant des restitutions versées aux exportateurs de céréales qui est calculée par la différence entre le niveau de prix intracommunautaire et le prix mondial. (1)  (Je suis par ailleurs pour la suppression de ces aides aux exportations qui ruinent la paysannerie des pays pauvres : à cause de ce mécanisme, les céréales européennes ainsi subventionnées sont vendues dans les pays pauvres à des prix inférieurs à celles produites par les paysans des pays pauvres !)
 
La reconquête des espaces ruraux suppose une politique d’encouragement de l’élevage extensif à l’herbe au lieu des élevages hors-sol d’animaux qui ne sortent plus.
A ce sujet l’idée d’agriculteurs « jardiniers de la nature » chargés de l’entretien des paysages pour que les urbains puissent en profiter pendant leurs week-ends est complètement étrangère à la culture paysanne et les rendrait très dépendants de la politique de subventions. Il vaut mieux mettre en place des systèmes d’élevage extensif rentables sans subventions grâce à des politiques de prix corrects.
Une politique d’aides à l’installation de jeunes agriculteurs doit être mise en oeuvre en urgence sous forme d’aides aux investissements remboursables sans intérêts.
 
2/ Une politique d’aménagement équilibré du territoire
Une politique d’aménagement du territoire qui renforce les villes moyennes et le tissus rural doit passer par la décentralisation administrative des services des collectivités publiques (Etat , Régions, Départements), des Universités, des entreprises publiques, des équipements de santé, sportifs et culturels…
L’objectif est de rendre attractives ces villes moyennes pour les entreprises et le populations.
Il est urgent de définir une politique des transports qui irrigue tout le territoire et défende les modes alternatifs à la route (ferroutage, mer routage) au lieu de multiplier les autoroutes, et de favoriser seulement les TGV.
 
3/ Une politique urbaine de lutte contre l’étalement urbain et la spécialisation de l’espace. C’est-à-dire :
- La lutte contre la spéculation immobilière, le mitage de l’espace et les injustices en matière de planification de l’occupation des sols (PLU, SCOT…) passe par de nouveaux outils législatifs comme des systèmes de péréquation des plus values foncières en terrains constructibles ou pas(2).
Il faut aussi relancer la lutte contre :
- l'étalement urbain : construction de quartiers pavillonnaires,
- la spécialisation de l'espace en zones d’activité , de loisir, de résidence.
- la ségrégation spatiale des populations entre des quartiers  résidentiels et populaires et industriels.
La conséquence de cet urbanisme, c’est l’augmentation des besoins de déplacement en particulier automobiles et de marchandises de plus en plus insupportables !
Les conséquences sur la santé des populations sont graves : maladies cardio-vasculaires et respiratoires…
Les pertes de temps s’accumulent, le stress aussi.
 
D’autres choix d’urbanisme sont possibles.
Ils sont centrés sur les propositions suivantes :
. Freiner la croissance urbaine sur l’agglomération à travers les PLU et le SCOT.
. Re-densifier l’habitat au lieu de l’étaler, et sauvegarder les espaces verts dans les agglomérations.
. Créer un réseau de villes moyennes s au lieu de tout concentrer sur les capitales régionales : décentraliser l’Université, les services publics, les hôpitaux…
. Développer les transports publics.
. Rapprocher lieu de domicile, de travail et de loisir avec des quartiers polyvalents au lieu de spécialiser l’espace et d’augmenter les déplacements.
. Pour donner aux quartiers les moyens de renforcer leurs équipements et lutter contre la ségrégation de l’espace urbain et la spécialisation, pourquoi ne pas instaurer des conseils de quartier qui proposeraient des investissements pour leur quartier sur une partie du budget de la ville qui leur serait réservé ?
 
Georges Fandos
Le 6 septembre 2007
 
(1) Les prix minimum existent déjà pour les céréales, le lait...
Ils résultent d'une négociation interprofessionnelle (producteurs, transformateurs, distributeurs) et des pouvoirs publics dans le cadre de négociations par produits au niveau national et européen.
Je demande donc l'extension de ce mécanisme aux autres produits agricoles.
Actuellement ce sont les intermédiaires, dont les 4 grandes centrales d'achat qui représentent plus de 50 % des produits agricoles vendus aux consommateurs qui s'engraissent sur le dos des paysans et qui ruinent la plus part: seul s'en sortent ceux qui ont des situations privilégiées (AOC, gros propriétaires aidés par la PAC), quelques paysans en circuit -court (mais on ne peut généraliser ce mode de distribution)...
IL YA URGENCE EN LA MATIERE: LES PAYSANS ET LE MONDE RURAL NOUS SERONS RECONNAISSANTS D'ETRE COURAGEUX EN LA MATIERE !
 
(2) par exemple, pourquoi ne pas obliger les propriétaires de terrains constructibles à acheter le droit à bâtir à ceux qui n’ont pas de terrains constructibles = marché des droits à construire à travers les transfert de COS), comme cela s’est fait avec succès dans la commune de Lourmarin (Vaucluse). Ce système permet un transfert de valeur des terrains constructibles vers ce qui ne le sont pas ce qui limite les injustices liées au délimitations arbitraires des PLU entre zones constructibles ou pas.
 
 
 
Mardi 3 juillet 2007

CAP21, mouvement écologiste, dénonce la décision des ministres européens de l'Agriculture d'introduire un seuil de contaminiation des produits biologiques par les OGM (0,9 %) en dessous duquel aucun étiquetage ne sera obligatoire.

Pour Corinne Lepage, présidente de CAP21 et membre fondatrice du MoDem "il s'agit d'une victoire du lobby agro-semencier qui voudrait que ce seuil d'obligation d'information ne devienne un "droit à contaminer" supprimant ainsi tout droit à ne pas être contaminé et tout recours pour être indemnisé. Le droit des consommateurs de choisir une alimentation sans OGM devrait être considéré comme un droit inaliénable que ce soit d'ailleurs pour un produit bio ou non."

CAP21 met en garde les ministres de l'agriculture sur les risques qu'ils font ainsi peser sur le développement pérenne des filières bio, qui au delà des intérêts environnementaux, représente des centaines de milliers d'emploi en France et en Europe.

Corinne Lepage.

Mardi 27 février 2007
Ibrahim Coulibaly, organisateur au Mali du Forum qui s'ouvre aujourd'hui.
«La souveraineté alimentaire doit être reconnue par l'ONU»
Par Eliane PATRIARCA
QUOTIDIEN : vendredi 23 février 2007
Aujourd'hui s'ouvre à Sélingué, village du Mali situé à 140 km au sud de la capitale Bamako, le Forum pour la souveraineté alimentaire. Jusqu'au 27 février, à l'initiative d'un collectif de mouvements paysans (1), de la Marche mondiale des femmes, de divers mouvements de pêcheurs et de l'ONG Amis de la Terre international, quelque 600 délégués venus d'une centaine de pays vont plancher, en ateliers, sur le concept de souveraineté alimentaire. Lancé en 1996 à Rome, durant le sommet mondial de l'alimentation de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), par le mouvement paysan international Via Campesina (représenté au Forum par José Bové), il désigne le droit des peuples à définir leurs propres politiques en matière d'alimentation et d'agriculture, le droit aussi à protéger la production et le commerce agricole intérieur. Ibrahim Coulibaly, qui préside le Comité national des organisations paysannes professionnelles (Cnop) du Mali, a insisté pour que ce forum se tienne en Afrique parce que l'agriculture y occupe une place centrale, alors que de nombreuses familles souffrent de la faim. Et au Mali car c'est le premier pays à avoir fait de la souveraineté alimentaire la priorité de sa nouvelle loi d'orientation agricole. Il présente les objectifs de cette rencontre.
Pour le Mali, que signifie la souveraineté alimentaire ? 
Le droit de décider de notre politique agricole et alimentaire sans nous référer aux Etats-Unis ou à l'Europe ; le droit pour les 70 % de paysans de la population malienne de vivre du fruit de leur travail et de pouvoir vendre leurs produits sur le marché local ; le droit de se protéger du dumping.
Cela implique une nouvelle agriculture ? 
Oui, nous voulons que les paysans puissent accéder librement aux ressources naturelles du pays, comme l'eau. Nous préconisons une gestion durable de ces ressources qui sauvegarde le potentiel productif de notre terre et non un système productiviste fondé sur l'utilisation de pesticides. Le Cnop milite contre les OGM et pour le libre échange des semences entre les paysans, car nous refusons d'être dépendants des multinationales de l'agrochimie et de l'agroalimentaire.
Le coton est un exemple des ravages subis par l'Afrique... 
Le coton est une culture qui rapporte des devises au Mali mais c'est une douleur pour les paysans. Imposée brutalement par la colonisation puis aujourd'hui par le marché et les organismes internationaux, cette culture abîme le sol, demande beaucoup de pesticides et d'engrais, et est vendue à un prix si indécent que les paysans maliens ne peuvent en vivre et n'ont plus de quoi manger. Et les devises que rapporte le coton au Mali servent à acheter du riz à l'Asie pour nourrir les Maliens. C'est une aberration !
Qu'attendez-vous du Forum ? 
Le concept de souveraineté alimentaire doit être approfondi, secteur par secteur, afin d'être intégré dans les politiques agricoles en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Nous allons définir un agenda des actions à entreprendre pour transformer ce principe en réalité et obtenir sa reconnaissance comme droit spécifique par les Nations unies.
(1) La Via Campesina, le ROPPA (Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d'Afrique de l'ouest), le réseau pour la souveraineté alimentaire...


http://www.liberation.fr/actualite/terre/236915.FR.php
© Libération


Vendredi 9 février 2007


Fin de cycle pour l’Organisation mondiale du commerce
Plutôt que le protectionnisme, la souveraineté alimentaire
Par Jacques Berthelot

 

Economiste, auteur de L’Agriculture, talon d’Achille de la mondialisation, L’Harmattan, Paris, 2001.

 



 

Dans le monde, le nombre de malnutris chroniques est passé de 826 à 852 millions entre 1995-1997 et 2000-2002. Pour les trois quarts d’entre eux, il s’agit de ruraux, essentiellement des agriculteurs. Ils sont 204 millions en Afrique subsaharienne, où l’espérance de vie recule depuis vingt ans. Les agriculteurs y constituent les deux tiers des actifs – soit 110 millions de plus qu’en 1969-1971 –, et les malnutris représentent un tiers de la population. Sous prétexte que la part de l’Afrique subsaharienne dans les échanges commerciaux globaux est passée de 2 % à 1,6 % entre 1990 et 2004, on lit ici et là qu’elle ne serait pas suffisamment insérée dans le marché mondial... C’est une énorme contrevérité : la part des échanges dans le produit intérieur brut (PIB) y était, en 2003, de 52,7 %, contre 41,5 % en moyenne mondiale, 19 % aux Etats-Unis, 19,9 % au Japon et 16 % dans la zone euro (hors échanges internes) (1). D’où une conclusion qui n’est jamais publiquement tirée : si l’on met à part les 70 % des pays émergents d’Asie orientale (Chine en tête), la richesse des nations est inversement proportionnelle à leur insertion dans le commerce mondial !

 

Le pourcentage des malnutris dans les pays en développement (PED) est proportionnel à la part des produits agricoles dans leurs exportations totales (2). Hors produits tropicaux, le déficit alimentaire (différence entre production et consommation) a fortement augmenté. Ainsi, de 1995 à 2003, les exportations agroalimentaires de l’Afrique de l’Ouest ont crû de 50 % (de 4 à 6,1 milliards de dollars), mais le déficit de ses échanges alimentaires a augmenté davantage : 55 % (passant de 2,9 à 4,3 milliards de dollars).

 

L’objectif de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Hongkong devrait être la fixation de règles du commerce durables, prenant en compte l’augmentation de 3 milliards du nombre total d’humains entre 2000 et 2050, dont 1 milliard en Afrique subsaharienne. Et cela dans le contexte du réchauffement climatique, pour lequel des chercheurs brésiliens estiment que, au cas où la température planétaire monterait de 5,8 degrés, les terres potentielles du Brésil pour le soja, le maïs, le riz pluvial, le haricot et le café diminueraient de moitié, et d’un tiers si la hausse était seulement de 3 degrés (3). Cela devrait tempérer la fièvre agro-exportatrice d’un pays où, pour produire et vendre à l’extérieur toujours davantage de soja et de viande bovine, la déforestation accélérée de l’Amazonie contribue fortement à l’effet de serre.

 

Face à de tels enjeux, quelle réponse ? La frénésie de tous les Etats à faire du cycle de négociations commerciales dit « de Doha » (4) (ou « du développement ») celui de l’« accès au marché » dans tous les domaines ! La stratégie multilatérale, comme bilatérale, des deux superpuissances commerciales que sont l’Union européenne et les Etats-Unis est limpide : puisque l’agriculture « pèse » moins de 2 % de leur PIB, contre environ 75 % pour les services et le solde pour les produits industriels (dont les produits agroalimentaires), les impératifs de croissance et d’emploi doivent conduire à exporter toujours plus de services et de produits industriels, quitte à importer davantage de denrées alimentaires. Les réformes successives de la politique agricole commune (PAC) européenne depuis 1992, de la loi sur l’agriculture (Farm Bill) aux Etats-Unis depuis 1996, ainsi que de l’Accord sur l’agriculture (AsA) de l’OMC, mis en œuvre depuis 1995, ont poursuivi ce seul et unique objectif, qui reste celui du cycle de Doha.

 

Pour que les agriculteurs acceptent politiquement ces réformes, il a fallu compenser la baisse des prix agricoles par des subventions reconnues par l’AsA comme ayant peu d’« effets de distorsion des échanges » – dans le jargon de l’OMC, elles sont classées dans la « boîte bleue » – ou n’en ayant pas du tout – et elles sont alors classées dans la « boîte verte » (voir « Glossaire »). Ce qui signifie que ces aides doivent être partiellement (boîte bleue) ou totalement (boîte verte) « découplées » du niveau des prix ou de la production de l’année en cours. Le discours sur les bienfaits qui en résulteraient pour l’environnement, les paysages, la qualité des produits et le bien-être animal n’est qu’un alibi à l’usage des contribuables.

 

L’Union européenne a cherché à « vendre » ces réformes aux PED de deux manières. En premier lieu, elle a accepté d’éliminer à terme les « restitutions », nom donné à ses subventions à l’exportation, qui ont effectivement baissé, de 9,5 milliards d’écus en 1992 à 3,4 milliards d’euros en 2002. Mais, comme les Etats-Unis, elle refuse de notifier à l’OMC les aides directes des boîtes bleue et verte qui bénéficient également, mais de manière indirecte, aux produits exportés. C’est le cas, par exemple, de celles allant aux céréales et, par conséquent, aux viandes des animaux les ayant consommées. En second lieu, l’Union a proposé, le 28 octobre 2005, de réduire de 70 % l’ensemble de ses soutiens internes couplés, et de diminuer de 46 % en moyenne ses droits de douane, hors « produits sensibles ». Evidemment, en contrepartie, elle attend des PED qu’ils fassent des offres équivalentes dans l’accès à leurs marchés des services et des produits non agricoles. Les propositions des Etats-Unis de réduire de 53 % leurs soutiens internes couplés (5), et de 55 % à 90 % les droits de douane, vont dans le même sens.

 

Depuis la conférence ministérielle de l’OMC de Cancún (septembre 2003), les PED ont mis fin à l’hégémonie de la Quadrilatérale (Etats-Unis, Union européenne, Japon, Canada) sur l’OMC. Après la constitution des regroupements de pays nommés G20, G33 et G90 (voir « Glossaire »), le Brésil et l’Inde ont remplacé le Japon et le Canada dans un G4 assurant la conduite des négociations. Au risque de trahir la majorité des PED et de continuer à marginaliser les pays les plus pauvres du G90.

 

Les PED sont de moins en moins dupes du « jeu des boîtes » auquel se sont livrés l’Union et les Etats-Unis depuis 1992, en transférant un pourcentage croissant de leurs soutiens de la boîte orange (soutiens « couplés », donc inéluctablement à réduire) à la boîte bleue, puis à la boîte verte – dans laquelle la réforme de la PAC de juin 2003 et d’avril 2004 a permis de placer 90 % des subventions internes ! En réalité, depuis 1995, Washington et Bruxelles trichent massivement dans la notification de leurs soutiens internes et à l’exportation, et dans la conformité de la PAC et du Farm Bill avec les règles de l’AsA.

 

L’article 6.2 de l’AsA stipule que, pour les pays développés, les subventions aux intrants (c’est-à-dire aux consommations intermédiaires, notamment de matières premières) sont « couplées ». Comme 60 % de la production de céréales, oléagineux et protéagineux (COP) de l’Union européenne et des Etats-Unis sont des intrants des productions animales, il s’ensuit que 60 % des aides directes aux COP (9 milliards d’euros par an) sont « couplées ». L’Union les a pourtant notifiées en boîte bleue, et les Etats-Unis ont notifié leurs paiements directs en boîte verte. Dans trois jugements récents, l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC a enfin admis qu’il fallait considérer l’ensemble des subventions bénéficiant aux produits exportés – y compris celles de la boîte verte – comme contribuant au dumping.

 

Des accords iniques

 

Face à Bruxelles et à Washington, les G20, G33 et G90 ont en commun d’exiger des pays développés l’élimination des restitutions, une forte réduction des soutiens « couplés » et des droits de douane. Aucun de ces groupes ne conteste la légitimité de l’OMC face aux risques, jugés nettement supérieurs, d’accords bilatéraux de libre-échange, comme on le voit dans ceux, particulièrement iniques, que l’Union européenne entend imposer aux pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) en 2008 (6). Tous refusent d’ouvrir leurs marchés des produits non agricoles et des services avant d’être assurés de l’arrêt du dumping agricole du Nord et d’une ouverture large de ses marchés agroalimentaires. Ministre du commerce de l’Inde, M. Kamal Nath déclarait le 8 novembre : « L’enjeu de ce cycle est de savoir s’il va bénéficier à ceux qui gagnent 1 dollar par jour ou 5 000 dollars par mois  (7). »

 

Au-delà de ces convergences, les 3 G (G20, G33, G90) sont divisés sur le degré de protection de leur marché intérieur. Le G20 est écartelé entre ses neuf membres les plus compétitifs – dont ceux du Mercosur (8) et la Thaïlande –, qui souhaitent l’ouverture des marchés, y compris ceux du Sud, et dix membres hostiles appartenant aussi au G33 (dont la Chine, l’Inde et l’Indonésie), qui veulent maintenir une forte protection, y compris vis-à-vis des autres PED. Car, en 2004, 51 % des exportations agroalimentaires du Brésil ont été destinées à d’autres PED, contre 23 % en 1990. Les membres du G90, quant à eux, craignent à juste titre la forte érosion des préférences tarifaires dont ils bénéficient encore, si l’Union européenne et les Etats-Unis réduisent trop fortement leurs droits de douane non préférentiels.

 

Les règles actuelles de l’AsA sont injustes : seuls les pays riches peuvent soutenir leurs agriculteurs par des subventions internes autorisées, mais ayant des effets de dumping et de substitution aux importations, alors que, dans le même temps, ils obligent les pays pauvres à réduire l’unique instrument à leur portée : la protection à l’importation. C’est pourquoi la souveraineté alimentaire – une protection efficace à l’importation –, associée à l’interdiction de toute exportation en dessous du coût total moyen de production sans subvention directe et indirecte, est, paradoxalement, la forme de soutien des agricultures la moins protectionniste pour tous les pays.

 

Refonder la PAC et l’AsA sur la souveraineté alimentaire est dans l’intérêt évident de l’Union européenne puisque ses exportations vers les pays tiers, en pourcentage de sa production totale 2000-2003, n’ont été que de 10,7 % pour les céréales, 6,9 % pour les viandes et 9,5 % pour les produits laitiers. L’agriculture lui sert de monnaie d’échange dans ses négociations à l’OMC et avec le Mercosur en vue d’ouvrir des marchés supplémentaires à ses exportations de services et de produits industriels. Mais, à ce jeu, elle risque de perdre infiniment plus que ses 11 millions d’actifs agricoles, compte tenu du caractère « multifonctionnel » de l’agriculture : production alimentaire, préservation de l’environnement, maillage des territoires, etc. Les Etats-Unis sont dans une situation comparable, puisque leur excédent agroalimentaire ne cesse de baisser : il est passé de 26,8 milliards de dollars en 1996 à 14,3 milliards en 2001 et à 7,3 milliards en 2004, les prévisions étant de 4 milliards pour 2005, et un déficit croissant à moyen et long termes.

 

Pour inciter l’Europe et les Etats-Unis à s’engager dans une politique de souveraineté alimentaire, la stratégie est simple : mettre fin à leurs tricheries massives afin de les obliger, sous la pression de leurs agriculteurs sevrés de subventions, à refonder la PAC et le Farm Bill sur des prix rémunérateurs pour les producteurs, donc sur une protection efficace à l’importation.

 

Comme une telle démarche est incompatible avec les objectifs de l’OMC, deux solutions seraient envisageables : soit revenir au statut spécial de l’agriculture dans l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) d’avant 1995 (où toutes les formes de protection étaient autorisées de fait), mais en interdisant en revanche tous les types de subventions à l’exportation ; soit, de préférence, confier la régulation des échanges agricoles à une institution qui pourrait être l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), voire à une institution ad hoc. Elle aurait aussi pour fonction d’assurer la coordination internationale de la maîtrise de l’offre, afin d’éviter les surproductions structurelles, et d’imposer des prix minimaux, notamment pour les produits tropicaux.

 


(1) Source : Banque mondiale, Country Data Profiles, www.worldbank.org/data/countrydata/...

 

(2) FAO, « La situation de l’agriculture et de l’alimentation », novembre 2005, www.fao.org/unfao/bodies/conf/c2005...

 

(3) www.unicamp.br/unicamp/unicamp_hoje...

 

(4) Du nom de la capitale du Qatar, où, en novembre 2001, a commencé ce cycle de négociations de l’OMC.

 

(5) Jacques Berthelot, « Les vaines promesses et le jeu dangereux de la Commission européenne de réduire fortement ses soutiens agricoles », 4 novembre 2005 (www.ourworldisnotforsale.org/showar...). Egalement « Le roi est nu : l’impossible promesse des Etats-Unis de charcuter leurs soutiens agricoles », 10 novembre 2005 (www.tradeobservatory.org/library.cf...).

 

(6) Lire Raoul Marc Jennar, « Ces accords que Bruxelles impose à l’Afrique », Le Monde diplomatique, février 2005.

 

(7) www.ourworldisnotforsale.org/showar...

 

(8) Marché commun du Sud (des Amériques) : Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, auxquels se joindra très prochainement le Venezuela.

 



http://www.monde-diplomatique.fr/2005/12/BERTHELOT/13036 - décembre 2005

 

Vendredi 12 janvier 2007
C’est inouï, comme un argument de firme commerciale si peu fondé, arrive à confondre les agriculteurs à se lancer dans cette culture hasardeuse. Le maïs OGM permet seulement l’économie d’un passage de tracteur dans la parcelle pour appliquer l’insecticide puisque le maïs BT est déjà imprégné de cette protéine toxique. C’est bien le seul « avantage » qu’on puisse lui reconnaître. Par rapport à cet effet de serre, le maïs piège comme toute culture, une quantité de carbone qu’il restitue intégralement lors de sa décomposition dans le sol, ou consommation. Puisque le maïs ne produit principalement que de l’amidon (sucre), c’est un aliment du bétail très pauvre nécessitant un complément de ration en protéines essentiellement importées d’Amérique sous forme de soja (OGM, évidemment !), nous faisant observer comme fait accompli, qu’une entrecôte charolaise choisie chez notre boucher, est fabriquée aux _ avec du soja américain. L’économie de carburant pour le traitement insecticide est annulée oh combien ! par la traversée de l’Atlantique… Pour cette raison de coût énergétique, l’intensification de la production de maïs n’a de sens que pour servir celle de la production animale hors sol : de moins bonne qualité que celle de plein air, et gravement polluante par ses émissions de lisier et de méthane (à très fort effet de serre). Pour des logiques économiques de ce type, un repas coûte en moyenne 4 à 5000 km de transports, selon études du WWF. L’agriculture éco-régionale est l’une des pistes les plus sérieuses pour réduire notre emprunte écologique et assurer notre souveraineté alimentaire, comme l’a démontré la thèse de l’agriculteur Emmanuel BAILLY aux 1ieres Assises du Limousin en février dernier. Puisqu’elle est effectivement tropicale, cette plante ne peut pas profiter des pluies pendant les six mois d’hiver les plus favorables sous nos climats, contrairement à nos cultures d’automne. Le sol laissé nu pendant cette longue période, favorise l’érosion des parcelles (80 T par hectare et par an dans le Gers !), ainsi que la minéralisation du peu de matière organique. C’est donc à la période estivale qu’elle nécessitera pour sa croissance, l’équivalent des besoins en eau d’un village de 450 habitants en moyenne pour chaque hectare, au moment où on nous interdit d’arroser nos jardins, laver nos voitures ; quand la Garonne atteint son niveau d’étiage ne pouvant plus assurer le refroidissement de nos centrales nucléaires dans les normes de sécurité en vigueur pour faire fonctionner les climatiseurs … Concernant la résistance à la sécheresse, toutes les données publiées par des chercheurs US montrent un désavantage des variétés Bt par rapport aux variétés parentes. Les firmes reconnaissent ne rien espérer dans ce domaine de résistance à la sécheresse avant au moins une dizaine d’années. Les variétés OGM plus ligneuses permettent effectivement une meilleure résistance à la verse, en conditions normales. Mais en conditions sèches, la tige éclate. Donc, la meilleure tenue à la verse n’est pas conciliable avec l’économie d’eau. Concernant le parasitisme pyrale et mycotoxines, on sait que l’intensification de la culture et en particulier la monoculture, est à l’origine de la pression parasitaire. La culture triennale (comme chaque agriculteur a eu l’occasion de l’apprendre avec les cours de l’agronome Dominique SOLTNER), participe déjà à résorber ce problème sans risques. En plus, il y a une lutte biologique qui marche très bien (c'est une mouche qui la parasite) et du coup, on a pas besoin de maïs transgénique. Le maïs BT produit une protéine toxique. Cette toxine, est active en particulier sur les insectes. Il s’agit par définition, d’un insecticide. Cette affirmation n’est évidemment pas contestée par les experts officiels. La production de cet insecticide se mesure en kilos par hectares (au moins 10.000 fois supérieure à celle épandue par un agriculteur qui utilise de manière intensive la toxine BT, d’après J Pierre BERLAND INRA.Fr). Sa toxicité alimentaire et sur l’environnement ne peut être connue que si elle est étudiée avec les mêmes exigences que celles de toute spécialité de l’industrie phytosanitaire. Ce n’est pas le cas malgré de nombreuses publications scientifiques parfois célèbres, relatant des effets concrets sur les microorganismes, la faune auxiliaire, et sur l’alimentation des mammifères. Ces travaux inexistants, ou beaucoup plus sommaires, restent confidentiels. Cette situation prive la société civile de la confrontation d’avis scientifiques contradictoires indispensables pour connaître la réalité, nécessaire pour notre sécurité, et prévue par la loi européenne. Quant à cette croyance selon laquelle la protéine du maïs BT possède les mêmes vertus que celle de bacillus thurrengiensis, nous devons entendre ce qui est là encore, remis en question par aucun expert : La toxine présente dans les variétés actuellement sur le marché, diffère très distinctement de la substance produite par la bactérie qui elle, est une protoxine : c’est à dire une protéine neutre sur le vivant, devenant toxique uniquement quand elle est absorbée dans le tube digestif du parasite (La nature permet cette formidable sécurité, mais pas l’industrie). Nombreuses publications révèlent la mortalité des coccinelles et autres auxiliaires lorsqu’ils mangent les pucerons dans les parcelles OGM, alors que les parcelles traitées par pulvérisation de bacillus thurrengiensis permettent aux larves de boucler leur cycle de reproduction, (assurant la survie de l’espèce). Culture légale : Comment pouvons nous parler de culture légale, dans ces conditions d’homologations qui bafouent la loi européenne, organisent le secret autour des résultats de toxicité alimentaire ? « La France n’a pas transposé la directive européenne sur la dissémination des OGM dans l’environnement pour préserver la santé humaine et l’environnement » nous reproche la commission européenne . Elle vient d’entamer une procédure à l’encontre de notre gouvernement à hauteur de 380 millions d’amende plus 366.000 € de pénalités par jour. Etonnante distribution gratuite de semences OGM par les firmes semencières aux agriculteurs opportunistes. (source la France Agricole) Le « respect de la propriété privée » ? et celui de la loi, et des agriculteurs qui choisissent le conventionnel ou l’agriculture biologique pour refuser de tels risques ? Minorité, dites vous ? Aucun de ces points n’a pu résister aux débats démocratiques tenus dans le Gers et partout en France. Voilà pourquoi 74 % des français restent défavorables à cette technologie (enquête IPSOS 2004). Ils demandent que son développement soit limité dans un cadre assurant réponse à ces questions par un organisme indépendant et représentatif de la société civile. Avec cette précaution, la recherche médicale à partir des OGM est évidemment possible et souhaitable, sur des surfaces qui n’ont rien de comparables avec celles des productions agricoles industrielles. Les ravages occasionnés par les cultures OGM dans le monde sont étrangement oubliés : - aux USA : les interdictions de STARLINK provoquant des allergies insoutenables. - pertes d’efficacité sur pyrales par accoutumance dès 1999, - en Nouvelle Zélande en 2005 les mortalités de moutons après 7 jours de pâture des chaumes de coton OGM BT. Le personnel de cueillette a subi des démangeaisons laissant des décolorations durant plus de cinq mois, - en Australie : des pois OGM reconnus toxiques au bout de dix ans d’expérimentation sur souris, ont été retirés du marché par les services de l’Etat. - au Brésil : 50 % des lots de maïs, 83 % des lots de soja et 80% des colzas conventionnels sont contaminés par les OGM depuis 2002, - en Espagne en 2005 : 7 lots de maïs biologique sur 12 analysés sont contaminés jusqu’à 12%, - en Inde : suspension des cultures de coton OGM par le Comité indien d’Approbation du Génie Génétique après trois ans de pratique, - le riz Ogm arrivé « accidentellement » cet automne dans nos assiettes… La France se singularise par un « pourrissement de la situation ». Le Japon, la Suisse, cinq autres pays européens, et même certains états américains ont une position plus claire dans le moratoire anti-OGM. Pour ces raisons, tous les syndicats agricoles français (sauf un), déconseillent les cultures OGM dans les conditions actuelles de plein champ. Aucune compagnie d’assurance dans le monde n’accepte de couvrir les risques de cette technologie et les firmes semencières se dégagent de toute responsabilité juridique… que faut il de plus concret pour renoncer à un tel enjeu ? Inspirons nous de l’exemple d’André PAUCHON et pas moins de 800 agriculteurs français ayant réussi depuis 30 ans, leur métier de polyculture élevage en évitant la plupart des intrants extérieurs avec autant de résultats que les agriculteurs industriels… Cap 21 Gers
 
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